La crèche de mon vieux camarade José Faran

Hier, j’ai rêvé de mon vieux et regretté camarade José Faran (anarchiste catalan exilé en France en 1939 après la guerre d’Espagne). Arborant son éternel sourire et son petit air malicieux, il m’offrait une crèche symbolisant la naissance de Jésus Christ. Un cadeau surprenant de la part d’un libre penseur qui, de plus, reprochait à l’Église catholique espagnole d’avoir soutenu le coup d’État fasciste mené en 1936 par le général Franco !

Jose-Faran-et-materniteMon étonnement fut de courte durée car je m’aperçus rapidement que la grotte ou l’étable de cette crèche avaient été remplacées par une maternité publique de proximité. Il faut dire que mon vieux camarade était un fervent défenseur du service public et qu’il savait que les hôpitaux & maternités de proximité n’ont plus guère la cote dans nos campagnes en ces temps de restrictions budgétaires et de marchandisation du système de santé.

Aux alentours de cette maternité s’étalaient les rues d’une petite cité provençale. En les arpentant, on y croisait une maison d’accueil pour les femmes victimes de violences conjugales et les mineurs LGBTQI+ rejetés par leurs familles, une bourse du travail au fronton de laquelle était écrit « Maison du peuple », des écoles et un collège mettant en œuvre la pédagogie active de Célestin Freinet, des logements pour les travailleuses et travailleurs saisonniers, des coopératives de production pratiquant l’autogestion et l’égalité des salaires, un espace non marchand pour pratiquer librement le troc, une antenne du Planning familial, des cantines scolaires bio, un foyer d’hébergement pour les réfugié·es, un lieu d’échange mutuel de savoirs et de savoirs faire, des jardins partagés, une forêt urbaine, un cercle d’éducation ouvrière et de formation syndicale, des magasins associatifs valorisant l’agriculture paysanne et l’artisanat local, un théâtre occitan ouvert sur le monde, des AMAP, un centre culturel libertaire, un terrain d’aventures pour les enfants, un institut d’histoire sociale animé par un militant syndicaliste dont le père aurait pu rencontrer José Faran en 1936 du côté de Barcelone… Bref, un condensé de cité provençale résolument progressiste mais, à quelques exceptions près, très éloigné de la réalité !

Contrairement au village lui-même, les petites figurines en terre cuite représentant les habitant·es me paraissaient familières et bien réelles. L’une d’entre elles avait les moustaches et la guitare de Gaston Beltrame (« Méfi ai capelans ! » semblait-elle chantonner en passant devant l’église). Une autre représentait un enfant prénommé Christian se préparant à aller explorer une grotte située dans le massif surplombant le village (sans savoir qu’il allait rester coincé dans cette grotte pendant de longues heures, expérience qui serait peut-être à l’origine de son futur métier de géologue). Une autre encore se tenait assise sur un banc près du bureau de poste. Il s’agissait d’un jeune homme prénommé André. Muni d’un crayon et d’un cahier à spirales, il griffonnait des mots qui, un jour, deviendraient des livres rendant hommage aux résistant·es antifascistes et autres « braves gens » de son village. En longeant la cour de récréation d’une école, j’y apercevais deux institutrices (Mme Claudie et Mme Francette) en train d’expliquer à leurs élèves l’importance de défendre la terre qui nous nourrit et nous fait vivre. D’autres figurines, plus éloignées, avaient elles aussi des visages familiers mais mon rêve s’est dissipé avant d’avoir pu les reconnaître. Peut-être viendront-elles se rappeler à moi en cette nuit du solstice d’hiver…

Éric Dussart
Ollioules, le 22 déc. 2023 à 00h05

PS 1 : Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé est volontaire.
PS 2 : Je profite de cette publication pour indiquer ci-dessous deux liens à transmettre aux municipalités qui se permettent d’enfreindre un article de loi permettant aux athées, aux agnostiques et aux croyant·es (quelle que soit leur religion) de vivre ensemble en bonne intelligence.
> Article 28 de la loi du 9 décembre 1905
> Rappel de la Ligue des droits de l’Homme à ce sujet

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