Le syndicalisme révolutionnaire

D’après un texte à la rédaction duquel j’ai participé au début des années 1980 et qui a ensuite été utilisé par plusieurs orgas dans lesquelles j’ai milité :

extrait-bd-pougetLe syndicalisme révolutionnaire est né à la fin du XIXe siècle. Il est issu du courant anti-autoritaire de la 1ère Internationale. En France, la CGT a été marquée par son influence jusqu’en 1914.

Aujourd’hui dans l’hexagone, le syndicalisme révolutionnaire est présent – à des degrés divers – dans plusieurs organisations syndicales : CGT, CNT, CNT-SO, FSU, SUD Solidaires…

Il y a deux aspects fondamentaux dans le syndicalisme révolutionnaire : la préparation du changement social et l’action au jour le jour, deux voies parallèles qui en se croisant et en se confondant permettent de dépasser les contradictions issues parfois des pratiques syndicales quotidiennes.

Le syndicalisme révolutionnaire mène une grande partie de son action sur les lieux de travail car c’est là où la lutte des classes se fait avec le plus de clarté, c’est là qu’elle est assumée par la majorité des travailleur.se.s, c’est là que l’individu sent réellement l’exploitation. Cela étant dit, le syndicalisme révolutionnaire ne néglige aucun terrain de lutte et ses militant.es agissent également en dehors de leurs lieux de travail – que ce soit sur le plan local, régional, national ou international – sur toutes les questions interprofessionnelles touchant les salarié.es (lutte contre le chômage, défense du système de retraites par répartition, combat contre la destruction du code du travail, etc.) et sur toutes les thématiques sociétales qui font partie de son ADN (droits des femmes, antiracisme, écologie, antimilitarisme, etc.).

Le syndicalisme révolutionnaire n’est pas apolitique, contrairement à ce que certain.es prétendent. S’il est opposé au système politique actuel ainsi qu’au rôle dirigeant des partis politiques dans le mouvement social, il a néanmoins un projet politique. Ce projet n’offre pas un modèle de société dans ses moindres détails mais seulement quelques principes essentiels pour que puisse s’installer une société que certains qualifieront « d’égalitaire et autogérée » ou de « communiste libertaire » (peu importe les mots). Il se distingue fondamentalement des autres écoles « socialistes » par le processus d’instauration de la nouvelle société. Considérant que la théorie du dépérissement de l’État est une stupidité conduisant à la recréation d’une société de classe et à un capitalisme d’État, il préconise le remplacement immédiat des structures étatiques par les structures fédéralistes et autogestionnaires du syndicat qui, elles-mêmes, disparaîtront ensuite pour ne laisser survivre qu’une société fonctionnant du bas vers le haut par le bais des conseils de travailleur.se.s et des communes libres. Les décisions seront prises par les citoyen.nes de la commune et/ou les travailleur.se.s du centre de production, de distribution ou de service et remonteront les échelons successifs, département, région, pays, selon que seront intéressés le département, la région ou le pays, pour être confrontées et discutées, et redescendront remaniées à fin d’approbation. Pour ceci, nul besoin de députés et d’assemblée nationale, de ministres et de président ! Des délégué.es élu.es sur un mandat précis (et révocables à tout moment) ainsi que différents conseils de coordination et de gestion (avec des pouvoirs d’administration mais pas de décision) doivent suffire pour faire tourner une société moderne, si complexe soit-elle. Les individus, égaux en pouvoirs politiques par le fédéralisme, doivent l’être au plan économique par l’abolition du salariat et de la hiérarchie sociale. À chacun selon ses besoins en fonction des possibilités de la production, à chacun selon ses capacités et ses aspirations, rotation des tâches ingrates dans la mesure du possible. Pour en savoir plus à ce sujet, lire ici : pour une société autogérée, égalitaire et fédéraliste

Le syndicalisme révolutionnaire n’envisage pas de faire la révolution à la place du peuple. Il ne lui fait que des propositions et l’invite à les faire siennes. La grande idée du syndicalisme révolutionnaire, c’est la grève générale et la remise en route de l’économie et des services sous la gestion des travailleur.se.s et de la société dans son ensemble. Cette théorie s’accompagne d’une préparation des travailleur.se.s et de l’acquisition d’une pratique. En effet, l’un des rôles essentiels du syndicalisme est d’informer les travailleur.se.s sur leur exploitation. Il explique les rouages économiques, le fonctionnement de la société capitaliste, la cause et le but de cette société. Cette tâche est dans une certaine mesure accomplie par les autres syndicats, mais ceux-ci limitent volontairement le champ d’explication et le passage de l’explication à la formation. Il ne suffit pas de publier des articles dans la presse syndicale ; il faut que ces articles soient discutés en section et en assemblée générale pour que tous les travailleur.se.s s’y intéressent. Former des militant.es par des stages est une bonne chose, mais cette formation doit être donnée pour être répandue parmi tous les travailleur.se.s et non pour la constitution d’une élite tenant et préservant un savoir. Dans les syndicats se crée la société future. Tout le monde doit prendre sa part de responsabilité. Il faut que chaque travailleur.se n’ait plus peur, ni de la répression, ni du soi-disant savoir des chefs, petits ou grands. Enfin, avoir une pratique révolutionnaire, c’est aussi préparer le changement en apprenant à faire marcher le lieu de travail en organisant un réseau d’information entre les différentes structures syndicales ; en prévoyant le contrôle du quartier (réseau électrique, police, hôpitaux…), des moyens de communication et des mass-médias. L’efficacité de la grève générale expropriatrice et autogestionnaire sera fonction de sa préparation et de sa rapidité.

En attendant que les conditions de cette grève soient réunies, les syndicalistes révolutionnaires luttent pour l’augmentation des salaires, la diminution de la durée du travail et l’amélioration des conditions de travail. En cela, ils/elles ne se distinguent pas des autres syndicalistes (sauf dans certains cas, comme celui de l’augmentation des salaires, où les syndicalistes révolutionnaires préfèrent exiger des augmentations différenciées inversement proportionnelles aux salaires plutôt que des augmentations uniformes). Cela étant dit, à la différence des autres formes de syndicalisme, le syndicalisme révolutionnaire s’efforce de situer les revendications par rapport au contexte politico-économique et par rapport à l’objectif de transformation de la société.

Pour ce qui est des moyens, le syndicalisme révolutionnaire ne rejette pas les méthodes de lutte classiques mais il en utilise aussi d’autres qui lui sont propres et qui sont rejetés par les autres formes du syndicalisme. Face au syndicalisme institutionnel et bureaucratique, il s’efforce notamment de développer un autre pouvoir par l’organisation d’assemblées générales, de comités de grève ou d’action dont la vie sera liée à la grève ou à l’action et par la désignation de délégué.es au mandat précis et impératif toujours révocables par l’assemblée. Cette pratique autogestionnaire, c’est l’action directe, c’est à dire l’action des travailleur.se.s agissant eux-mêmes sans chefs ni bureaucrates. Attention, l’action directe ne se situe pas par rapport à la violence ou à la non-violence ; ce n’est pas un synonyme pour désigner la lutte armée ; c’est tout simplement la reprise de la célèbre formule de la 1ère Internationale selon laquelle « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». De l’action directe découlent toutes les conceptions autogestionnaires : vision de la politique, idée générale de l’enseignement, conception de l’action sociale et de la révolution. L’action directe est non seulement un moyen d’action fondé sur l’efficacité, mais aussi et avant tout une démarche pédagogique fondée sur la prise en charge de l’individu (et du groupe) par lui-même.

En conclusion, voici les caractéristiques générales de ce qu’est une organisation syndicale régie par les principes énoncés ci-dessus :

  • au niveau local, une structure autogérée où s’exerce la démocratie directe ;
  • au niveau national, un groupement fédéraliste dont le but n’est pas de donner des ordres mais de coordonner ;
  • une force indépendante de l’État et du patronat ;
  • une organisation de classe qui se suffit à elle-même et qui refuse d’être la courroie de transmission d’un parti politique ;
  • un moyen d’éducation populaire et d’épanouissement individuel ;
  • le noyau à partir duquel pourrait être organisée la société future (ceci sans présager des autres formes d’organisation anti-autoritaires et anti-capitalistes que les travailleur.se.s choisiront le moment venu).
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