L’écriture inclusive : « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! »

l-ecriture-inclusiveAvant-propos : Les exemples donnés dans cet article sont en français. Mais l’écriture inclusive ne concerne pas que le français ; elle peut aussi être utilisée par exemple en occitan provençal. À ce propos, cette langue régionale a deux avantages : 1) Lo pronom personau es pas obligatòri. 2) Fòrça pronoms son naturalament inclusius (unei, d’unei, nosautrei, vosautrei, totei, elei).

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L’écriture inclusive : un outil pour lutter contre le sexisme

L’écriture inclusive est une pratique linguistique visant à combattre le sexisme. Comme l’explique Raphaël Haddad dans son Manuel d’écriture inclusive (lien de téléchargement ci-dessous après la vidéo), c’est « un ensemble d’attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes ».

La réflexion sur l’écriture inclusive a été amorcée dans les années 1980 par le mouvement féministe. Au début, les militantes et militants ont commencé à utiliser la lettre e entre parenthèses. Ex : un(e) marchand(e). Mais ils et elles se sont vite rendu compte que cela mettait symboliquement le féminin entre parenthèses. Alors, certains et certaines sont passés au E majuscule, d’autres au trait d’union, au point haut ou au point bas, d’autres encore au point médian (dit aussi point milieu). Au fil des années, l’écriture inclusive a beaucoup évolué, elle s’est diffusée dans une partie non négligeable de la société et c’est une pratique maintenant bien documentée.

Bien sûr, l’écriture inclusive ne fera pas à elle seule reculer la domination patriarcale. Mais c’est un outil parmi d’autres et, compte tenu des réactions agressives qu’elle suscite parfois dans les couches conservatrices ou réactionnaires de la société (et même au plus haut sommet de l’État), on s’aperçoit que son impact n’est pas anodin et qu’elle peut être utile pour faire changer les mentalités.

Quelles ont les principales « techniques » de l’écriture inclusive ?

L’écriture inclusive ne se limite pas à l’utilisation du point médian. Il y a plein de façons différentes de rendre la langue plus égalitaire et on peut les utiliser toutes dans un seul et même texte. Ci-dessous quelques exemples :

  • Utilisation de doublets marqueurs de genre tels que « Les citoyennes et les citoyens », formulation qui peut bien sûr être inversée (« Les citoyens et les citoyennes »).
  • Utilisation de mots épicènes (c’est à dire ni masculins ni féminins) comme « adulte » ou « architecte » et de mots dont le genre grammatical est invariable en nombre (ex : des personnes).
  • Utilisation du point médian (lire ci-dessous).
  • Féminisation des noms de métiers et de fonctions.
  • Utilisation de l’accord de proximité (règle grammaticale consistant à accorder le genre d’un adjectif avec le plus proche des mots qu’il qualifie, ou d’un complément du verbe avec le sujet le plus proche, pratique qui existait en latin mais qui a progressivement disparu en français sous la pression des grammairiens masculinistes). Exemple : « Les Ollioulais et Ollioulaises sont mécontentes de la bétonisation de leur village » [accord de l’adjectif « mécontentes » avec le mot « Ollioulaises »] ou, inversement, « Les Ollioulaises et Ollioulais sont mécontents de la bétonisation de leur village » [accord de l’adjectif « mécontents » avec le mot « Ollioulais »].

Infos et recommandations concernant l’utilisation du point médian :

Dans certaines langues (comme le sarde, le catalan, le gallo, l’occitan gascon, le franco-provençal et certains idiomes amérindiens), le point médian ( · ) – dit aussi point milieu – est utilisée pour la prononciation de certaines consonnes. En Français et dans d’autres langues, il est utilisé pour insérer les formes féminine et masculine d’un même mot sans avoir à recourir à des doublets. Ce signe présente l’avantage de prendre un peu moins d’espace que le trait d’union et de ne pas diviser les mots en fin de ligne. Avec un PC fonctionnant sous Windows, on peut l’obtenir très facilement grâce à une combinaison de touches du clavier. Exemple de combinaison possible : appuyer sur la touche Alt du clavier – maintenir la pression sur cette touche et taper 2 5 0 sur le pavé numérique – relâcher la touche Alt

Concernant la place du point médian dans un mot, l’usage tend à se standardiser. Voici deux exemples de ce qui est recommandé :
– Des citoyens et citoyennes = des citoyen·nes
– Un électeur et/ou une électrice = un·e électeur·rice

Par ailleurs, il est conseillé de n’utiliser qu’un seul point médian par mot (par exemple, écrire « les salarié·es » plutôt que « les salarié·e·s »). Enfin, même si certains et certaines adeptes de l’écriture inclusive continuent à utiliser le point bas au lieu du point médian (ex : « un.e étudiant.e » au lieu de « un·e étudiant·e »), les linguistes et enseignant·es adeptes de l’écriture inclusive le déconseillent car le point bas a été adopté pour marquer la fin d’une phrase ; il ne devrait donc pas être utilisé à l’intérieur d’un mot.

Entretien avec Chloé Sebagh (cheffe de projet « écriture inclusive » de l’agence Mots-Clés) et Raphaël Haddad (docteur en communication et auteur du « Manuel d’écriture inclusive ») diffusé le 8 octobre 2017 sur TV5 Monde :

Pour celles et ceux qui veulent se former à l’utilisation de l’écriture inclusive :

> L’écriture inclusive, et si on s’y mettait !
> Manuel d’écriture inclusive (PDF – 28 p. – téléchargement gratuit)

Visuel résumant les principes du langage inclusif, à l’oral comme à l’écrit :

Tract sur l’écriture inclusive publié en 2018 par la fédération des syndicats SUD éducation :

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