L’Internationale

Eugene_pottierEn juin 1871, caché dans Paris à cause de la répression menée à l’encontre de La Commune, Eugène Pottier (militant révolutionnaire de tendance proudhonienne et créateur de la chambre syndicale des dessinateurs) compose avant de partir en exil un poème intitulé L’Internationale en hommage à l’Association internationale des travailleurs. A cette époque, le poème n’a pas de mélodie, même s’il peut être fredonné sur l’air de La Marseillaise comme pour beaucoup d’autres textes du même genre.

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En 1888, la section lilloise du Parti ouvrier français (mouvement socialiste d’inspiration marxiste) confie à l’un de ses militants, Pierre Degeyter, un recueil de poèmes d’Eugène Pottier réédité l’année précédente par le chansonnier parisien Gustave Nadaud. Pierre Degeyter, qui dirige alors la chorale La lyre des travailleurs, a un coup de cœur pour le texte intitulé L’Internationale.

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Un dimanche, dans le café La Liberté situé rue de la Vignette à Lille, il s’installe à l’harmonium et met le texte en musique. Le lendemain, il se rend sur son lieu de travail (il est ouvrier câbleur à l’usine de Fives). Il soumet sa partition à plusieurs de ses collègues et ceux-ci l’accueillent chaleureusement. Télécharger la partition musicale de L’Internationale ainsi que les accords pour guitare ou piano

Quelques semaines après, la chorale interprète L’Internationale à l’occasion d’une fête organisée par la chambre syndicale des marchands de journaux. En 1889, la chanson devient l’hymne de l’organisation internationale à laquelle vient d’adhérer le Parti ouvrier français et elle est traduite dans de nombreuses langues. Adoptée par tous les courants socialistes du mouvement ouvrier (qu’ils soient réformistes, marxistes ou libertaires), elle devient très vite le symbole des luttes sociales à travers le monde (au passage, regrettons qu’elle ait parfois été adoptée par des régimes politiques très éloignés en pratique du sens profond de ses paroles). Ce succès fulgurant aura pour conséquence le licenciement de Degeyter qui doit même quitter Lille pour trouver un nouveau travail. La répression ne frappe pas que Pierre Degeyter. L’État et le patronat n’acceptent pas cette chanson, en raison notamment de son couplet n° 5, résolument antimilitariste (cf. les paroles de L’Internationale). En 1894, le secrétaire de mairie de Caudry, Armand Gosselin, est emprisonné pendant un an pour l’avoir chantée (chef d’accusation : « provocation au meurtre et à la désobéissance militaire »). La même année, un imprimeur écope d’un an de prison pour avoir eu l’audace de la mettre sous presse.

Aujourd’hui à Lille, la rue de la Vignette existe toujours (cf. prolongement de l’avenue du président Kennedy). Cependant, suite à la transformation du quartier ouvrier de Saint-Sauveur en quartier administratif et faute de localisation précise, aucune plaque ne signale le lieu où se trouvait l’estaminet La Liberté. A contrario, la réhabilitation de la friche où se trouvait l’usine de Fives fait plusieurs références à Pierre Degeyter et à L’Internationale.

: CNT-lille

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